Le père de mes enfants |
|---|
1 commentaire | Partager sur : Facebook
Tags : Cinéma, Le père de mes enfants, Louis-Do de Lencquesaing, Mia Hansen-Løve
… de Mia Hansen-Løve
Grégoire Canvel a tout pour lui. Une femme qu’il aime, 3 enfants délicieuses, un métier qui le passionne. Il est producteur de films.
Révéler des cinéastes, accompagner les films qui correspondent à son idée du cinéma, libre et proche de la vie, voilà justement sa raison de vivre. Sa vocation. Grégoire y trouve sa plénitude, il y consacre presque tout son temps et son énergie. Hyperactif, il ne s’arrête jamais, sauf les week-ends, qu’il passe à la campagne en famille : douces parenthèses, aussi précieuses que fragiles.
Avec sa prestance et son charisme exceptionnel, Grégoire force l’admiration.
Il semble invincible.
Pourtant sa société de production, Moon Films, est chancelante. Trop de films produits, trop de risques pris, trop de dettes. Les menaces se précisent. Mais Grégoire veut continuer d’avancer, coûte que coûte. Jusqu’où cette fuite en avant le conduira-t-il ? Un jour, il est obligé de se confronter à la réalité. Un mot surgit : l’échec. Et une grande lassitude. Qui va bientôt, secrètement, prendre la forme du désespoir.
Ce film, fait directement référence à Humbert Balsan, qui devait produire le premier long métrage de la jeune cinéaste avant qu’il ne se suicide en février 2005.
Sans le citer directement, Mia Hansen-Love dépeint les derniers jours de sa vie.
Humbert Balsan débute dans le cinéma en qualité d’acteur, notamment dans Lancelot du Lac (1974) de Robert Bresson ou Loulou (1980) de Maurice Pialat. Il se lance ensuite dans la production avec succès en tissant des liens entre la France et le Proche-Orient. Le réalisateur égyptien Youssef Chahine, le Libanais Maroun Bagdadi sont ainsi produits par Balsan.
Il est l’un de ces rares producteurs dont on peut dire qu’il a laissé une œuvre. « L’oriental », comme le définit la productrice Fabienne Vonier, a tenu une place à part dans l’industrie cinématographique française, faisant toujours des choix courageux, revendiqués, engagés. Celui qui a contribué à révéler le cinéma palestinien (Intervention divine d’Elia Suleiman, 2001) a aussi ardemment défendu le cinéma français, en donnant leur chance à de jeunes auteurs, en particulier Sandrine Veysset, Philippe Faucon, Claire Denis.
Le père de mes enfants est un film sur l’amour du cinéma, la création collective, le travail obscur de ceux qui oeuvrent en coulisses, l’engagement.
On y voit un homme exerçant son métier avec noblesse.
Si l’ombre de Balsan rôde à n’en pas douter sur le film, Le père de mes enfants n’exige absolument pas de connaître l’existence de ce grand monsieur. Le film raconte l’avant et l’après suicide, par une construction en deux parties bien distinctes mais qui ne cessent de se répondre et de s’alimenter.
On y retrouve ce qui faisait déjà la beauté de Tout est pardonné, premier long de la réalisatrice : la finesse absolue du trait, qui ne rend que plus visibles les blessures intérieures d’un homme passionné et naufragé, et une direction d’acteurs proprement hallucinante.
Est-ce dû à son jeune âge (28 ans à peine) ? Toujours est-il qu’il n’y a actuellement pas plus doué que Mia Hansen-Løve pour choisir et diriger des enfants, et ainsi rendre palpable l’amour (réciproque) que leur porte leur père. Celui-ci est incarné par une révélation, le méconnu Louis-Do de Lencquesaing, dont on a lu le nom dans un millier de génériques de films sans avoir vraiment posé un visage dessus.
Cette fois, c’est fait : on oubliera difficilement son visage et son charisme.
Peut-être ressemble-t-il à Humbert Balsan, ou peut-être pas. On s’en fout : dès les premières images (longues conversations téléphoniques), il nous happe et ne nous lâche plus.
Le beau désespoir de la première partie du film laisse brutalement place à la détresse des quatre femmes de la vie de Canvel, et de ses quelques proches. Mais là où cette seconde moitié nous bouleverse, c’est parce qu’elle est loin de s’arrêter à une simple description du deuil, avec voile noir et sanglots mal contenus. Hansen-Løve parvient à filmer l’absence, et c’est d’une beauté insondable. Tout comme sa façon de dépeindre les efforts fournis par les rescapés pour tenter de mener à bien, malgré tout, les derniers projets de cet homme laissant un vide gigantesque derrière lui.
MIA Hansen-Løve parle de la famille, de l’enfance, de ce qui construit, détruit ou aide à avancer. Elle pose des questions sans y répondre, sans pathos, sans agitation. Que sait-on des gens qu’on aime et qui partagent notre vie ? Comment peut-on passer à côté d’un tel désespoir sans le voir, alors qu’ici Grégoire sème de petits indices ? Comment continuer à vivre sans ou avec la culpabilité ? Comment l’éviter ou la surmonter ?
Elle élude intelligemment les scènes à fort pouvoir lacrymal comme l’annonce de la mort ou l’enterrement. Elle se concentre sur le chagrin que chacun combat avec ses moyens, sur la vie qui continue malgré tout, les filles qui continuent à grandir pour se diriger vers leur vie d’adultes, malgré cette perte douloureuse, ce manque profond que rien ni personne ne comblera jamais.
Un film plein de purs moments de grâce, tout simplement !
















Bonjour,
Merci à Madé pour cette belle chronique du « Père de mes enfants » que j’ai également beaucoup aimé. Alors que la première partie du film est époustouflante, par son rythme, ses dialogues et la charme dégagé par cette famille, il me semble que la deuxième partie aborde aussi le thème de la responsabilité ( »lacheté ») du suicide, mais bien entendu ceci n’est qu’un aspect des choses.
Laisser un commentaire sur "Le père de mes enfants"